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Ce
rapport constitue le premier d’une série qui s’inscrit dans
le cadre d’une recommandation du Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD). Le PNUD en effet, préconise
la publication de rapports nationaux appelés à donner une
résonance plus contextuelle à la problématique du développement
humain durable que le Rapport mondial traite à l’échelle internationale.
Le rapport est structuré en quatre chapitres.
- Concept
de développement humain : contours et implications.
- Bilan du développement humain au Sénégal.
- Sécurité humaine au Sénégal.
- Stratégies nationales de développement humain.
CONCEPT
DE DEVELOPPEMENT HUMAIN: CONTOURS ET IMPLICATIONS
Le
développement humain n’est pas une résultante simple de la
croissance économique. Cette observation est en partie corroborée
par le malaise humain grandissant qui se manifeste dans divers
pays, malgré les évolutions positives en matière de croissance
économique.
Le
développement humain durable propose le recentrage de la croissance
et du développement sur l’homme, par le redéploiement d’une
plus grande partie des investissements vers le seul capital
qui donne sa valeur à tous les autres, le capital humain.
BILAN
DU DEVELOPPEMENT HUMAIN AU SENEGAL
Sur
la base de l’indicateur de développement humain (IDH), l’édition
1997 du rapport mondial sur le développement humain situe
le Sénégal au 160ème rang sur 175 pays classés. Cette position
en fait, selon la terminologie du Rapport Mondial, un pays
de " faible développement humain ". L’indicateur
sexo-spécifique de développement humain (ISDH) lui confère
un meilleur classement, qui n'est cependant pas suffisant
pour le sortir du groupe des pays de "faible développement
humain".
L’évaluation
globale de cette situation montre non seulement qu’elle n’est
pas satisfaisante, mais aussi qu’elle dénote une nette régression
des indicateurs sociaux au fil des années qui serait liée
à la difficulté, pour le pays, de traduire ses performances
en matière de croissance économique au plan du développement
humain durable. Depuis 1990, en effet, le Sénégal enregistre
continuellement un écart entre son classement en termes de
PIB et son rang par rapport à l’IDH, écart qui est naturellement
défavorable à ce dernier indicateur.
Par
ailleurs, le classement national cache des distorsions régionales
réelles. Alors que deux régions - Dakar (0,438), Ziguinchor
(0,385) - ont un IDH situé au-dessus de la moyenne nationale
(0,32), les huit autres régions montrent des performances
nettement en deçà du niveau national. L’indicateur de pauvreté
humaine et l’Indicateur de pénurie des capacités traduisent
également d’importantes disparités régionales.
A l’instar
de beaucoup de pays en développement, le Sénégal s’est engagé
durant plus d’une décennie dans un cycle d’ajustement et de
restructuration de son économie, avec le concours des institutions
financières internationales. Or, pendant longtemps, les politiques
mises en œuvre dans ce cadre ont tendu à contenir et à stabiliser
les dépenses sociales, qui auprès de ses partenaires extérieurs,
des ressources financières d’envergure pour renforcer les
moyens des secteurs sociaux. L’investissement dans les ressources
humaines n’a pas encore atteint un niveau suffisant en raison
de l’ampleur de la demande sociale.
Les bilans sectoriels se profilent comme suit :
Santé
Malgré les efforts fournis par l’Etat en matière de modernisation
du cadre de gestion de la santé, de la plus grande proximité
par rapport aux populations et d’une participation plus active
des bénéficiaires aux programmes de santé, les problèmes demeurent
pesants. Les infrastructures sont très insuffisantes et dans
un état vétuste. La carte de leur implantation traduit des
disparités régionales qui profitent surtout à Dakar. Les formations
sanitaires connaissent des pénuries aiguës de personnels.
Education
La situation du secteur se caractérise par une progression
mitigée. Le Sénégal fait partie des sept pays d’Afrique au
sud du Sahara à avoir enregistré une diminution de leur taux
d’alphabétisation durant la décennie en cours. Le taux de
scolarisation du niveau primaire a, par contre, ces dernières
années, connu une progression continue qui le situe aujourd’hui
à 61,7%. Toutefois, les efforts de grande envergure dans ce
domaine, notamment avec la mise en œuvre du second projet
de développement des ressources humaines, doivent être relativisés
du fait d’un accroissement annuel d’au moins 4% de la population
scolarisable. L’enseignement post-primaire, qui se caractérise
par un accès limité, est en cours de restructuration, en vue
d’améliorer son efficacité.
Ressources
naturelles
Les ressources naturelles sont l’objet de vives préoccupations.
D’abord, le pays n’en est pas particulièrement pourvu. Ensuite,
l’action conjuguée des phénomènes naturels et des populations
concourt à fragiliser l’existant d’année en année. L’accentuation
des déficits en la matière, impose une réglementation de plus
en plus contraignante, dont le respect par les populations
n’est pas encore définitivement acquis.
SECURITE
HUMAINE AU SENEGAL
Le
concept de sécurité humaine est d’une grande importance parce
qu’il reflète la somme des manquements par lesquels on reconnaît
l’absence ou la faiblesse du développement humain. Il est
donc multidimensionnel, comme l’est le développement humain
durable. Le rapport porte sur les aspects les plus importants
de ce concept et les analyses sur le plan de la sécurité vue
sous l’angle politique, économique, physique, communautaire,
environnemental, sanitaire, alimentaire et nutritionnel.
Sécurité
politique
L’appareil normatif sénégalais est riche et varié. Le pays
possède d’ailleurs l’une des traditions politiques modernes
les plus anciennes sur le continent. Ce contexte institutionnel
favorable, a priori, fait corps avec une relative stabilité
politique et sociale. Les différents registres de liberté
garantis par les documents de droit adoptés par la communauté
des nations, sont stipulés par la loi fondamentale ou par
les autres lois de la République.
Si les
instruments de protection des libertés existent, la pratique
en la matière fait pourtant, régulièrement, l’objet de vifs
débats.
N’est-ce pas d’ailleurs pour cette raison que la pacification
de l’environnement démocratique se poursuit aujourd’hui encore,
comme en fait foi la mise sur pied d’un observatoire des élections,
à la veille des élections législatives de mai 1998.
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La presse privée a connu un boom ces dernières années, et
contribue à la consolidation des libertés démocratiques. Cependant,
elle reste soumise à de fortes pesanteurs.
Sécurité économique
L’insécurité
économique est une constante de base de l’environnement sénégalais.
Elle est perceptible à travers le niveau de chômage que connaît
le pays et les diverses manifestations de la pauvreté surtout
en milieu rural. Sur l’ensemble des tranches d’âge, le taux
de chômage au niveau national serait de 11% ; et deux
fois plus élevé en zone urbaine où il est de 25% pour les
hommes et 22 % pour les femmes. La population sénégalaise
est urbaine à 39% ; et cette catégorie croît au taux
moyen de 5 % par an. A Dakar, 41% des jeunes sont en situation
de chômage, et on y estime à 3 000 le nombre de nouveaux demandeurs
d’emplois qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
Le
niveau du chômage est déterminé, entre autres, par le type
de croissance que connaît le pays, les dysfonctionnements
de l’environnement économique et l’inadéquation du système
de formation.
Au
Sénégal, 30 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté
défini comme étant la dépense nécessaire à l’acquisition de
2 400 calories par jour et par habitant. Suivant cet indicateur,
75 % des ménages pauvres sont localisés en milieu rural et
58 % des ménages ruraux sont pauvres.
Sécurité
physique
L’insécurité
physique commence à être préoccupante. Elle a d’abord pour
cadre la circulation. Le pays se caractérise, en effet, par
un réseau routier peu développé et un parc automobile vétuste,
que continuent d’alimenter substantiellement les filières
d’importation de véhicules d’occasion en provenance de l’Europe.
En 1995, 799 personnes ont été tuées sur les routes et 8 027
blessées, dont 3 075 grièvement. S’agissant de la criminalité,
ont été enregistrés près de 180 cas d’homicide et de vols
à main armée, plus de 6 980 vols simples, 1799 délits de faux
et contrefaçon et 831 cas de trafic de stupéfiants entre 1994
et 1995. En ce qui concerne la violence armée, les cas extrêmes
restent encore limités, si l’on fait exception de la région
de Ziguinchor en proie à une rébellion indépendantiste.
Sécurité
dans la communauté
Si
le pays a la réputation de posséder de fortes traditions sociales,
il semble que les contraintes liées à l’appauvrissement soient
en train de les éroder. La famille est la première institution
sociale à en être affectée. Sa forme élargie qui lui a longtemps
permis de réunir plusieurs générations sous un même toit,
et d’éviter les phénomènes de marginalisation, ne constitue
plus aujourd’hui un atout certain.
Diverses
formes d’insécurité connaissent de ce fait une acuité plus
sévère, vu que la famille constitue de moins en moins un refuge
et un cadre d’expression de la solidarité. D'une manière générale,
la prédominance de l’argent perturbe les équilibres traditionnels.
Si
les cas de suicide étaient plus nombreux chez les expatriés
européens dans les années 1960-70, actuellement on observe
une augmentation des suicides chez les Sénégalais qui représentent
plus de 2/3 des cas. Une étude réalisée sur un échantillon
de 453 suicidants montre que de 1992 à 1996, neuf sénégalais
se sont suicidés chaque mois. Les jeunes représentent 81,8%
de l’échantillon, les jeunes filles sont les plus touchées.
Sécurité
environnementale
L’insécurité
environnementale est grandissante. Les aléas de la nature
sont en cause, mais aussi et surtout les entreprises anthropiques.
La pression démographique exerce des effets néfastes sur l’environnement.
De surcroît, du fait d’un manque de sensibilisation et de
l’analphabétisme, les populations ont du mal à appréhender
pleinement la notion de gestion durable.
Dans
les agglomérations urbaines, à Dakar en particulier, les pollutions
et nuisances se développent en rapport avec l’installation
et l’expansion des industries. Le stockage et le transport
des produits dangereux devraient, à cet égard, faire l’objet
d’une réglementation plus contraignante.
Sécurité
sanitaire
La
situation sanitaire est tributaire de conditions de vie très
peu favorables. L’insalubrité du milieu favorise la propagation
des vecteurs de maladie. A cela s’ajoutent les insuffisances
de la couverture sanitaire.
La
situation épidémiologique fait ressortir des défis réels.
L’endémie du paludisme motive 24,5% des consultations et constitue
l’une des causes principales de mortalité de la tranche d’âge
de 0 à 4 ans. Il y a ensuite les maladies diarrhéiques, la
rougeole et les infections bucco-dentaires.
Sécurité
alimentaire et nutritionnelle
La
situation alimentaire se dégrade d’année en année. Le taux
d’autosuffisance alimentaire se situe aujourd’hui à 51%, et
comporte d’importantes disparités régionales. Dans 63% des
départements, la production locale se révèle non satisfaisante
sur les cinq dernières années. Il résulte de cette situation
une certaine insécurité nutritionnelle. On estime que seulement
30% des besoins nutritionnels des Sénégalais sont couverts.
L’apport calorifique journalier est en train de régresser.
Le taux de malnutrition chronique se situe à 23%, variant
toutefois entre 17% en milieu urbain et 26% en milieu rural.
STRATEGIE
NATIONALE DE DEVELOPPEMENT HUMAIN
Les
politiques publiques doivent être réorientées. Il s’agit de
changer une spécialisation - l’exportation de matières premières
à faible valeur ajoutée -, pour aller vers un mode de production
qui valorise davantage le potentiel humain. Des changements
conséquents doivent être apportés à l’environnement institutionnel,
afin de lever les distorsions qui rendent inaccessibles à
nombre d’acteurs, certains facteurs dont le capital. Les petites
et moyennes entreprises en particulier, doivent faire l’objet
d’une plus grande attention.
Les
nouvelles politiques doivent s’accompagner d’un redéploiement
des dépenses publiques en faveur des secteurs à forte résonance
sociale, qui déterminent directement le développement humain.
Il est vrai que le IXe Plan de développement économique
et social, en cours, s’inscrit dans cette dynamique, puisque
sur les dix axes stratégiques qui en constituent l’ossature,
pas moins de sept sont consacrés à des déterminants directs
du développement humain. Par ailleurs, le redéploiement des
investissements doit être mené dans une optique de résorption
des disparités entre régions.
En terme
de stratégie proprement dite, deux grandes directions se dégagent :
d’une part, le la décentralisation. Enfin, la constitution
d’un ensemble d’indicateurs consensuels par rapport au contexte
sénégalais, permettrait de disposer d’instruments de suivi
des actions.
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