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Résumé Rapport humain sur le développement - 1998
 

Ce rapport constitue le premier d’une série qui s’inscrit dans le cadre d’une recommandation du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Le PNUD en effet, préconise la publication de rapports nationaux appelés à donner une résonance plus contextuelle à la problématique du développement humain durable que le Rapport mondial traite à l’échelle internationale.
Le rapport est structuré en quatre chapitres.

- Concept de développement humain : contours et implications.
- Bilan du développement humain au Sénégal.
- Sécurité humaine au Sénégal.
- Stratégies nationales de développement humain.

CONCEPT DE DEVELOPPEMENT HUMAIN: CONTOURS ET IMPLICATIONS

Le développement humain n’est pas une résultante simple de la croissance économique. Cette observation est en partie corroborée par le malaise humain grandissant qui se manifeste dans divers pays, malgré les évolutions positives en matière de croissance économique.

Le développement humain durable propose le recentrage de la croissance et du développement sur l’homme, par le redéploiement d’une plus grande partie des investissements vers le seul capital qui donne sa valeur à tous les autres, le capital humain.  

BILAN DU DEVELOPPEMENT HUMAIN AU SENEGAL

Sur la base de l’indicateur de développement humain (IDH), l’édition 1997 du rapport mondial sur le développement humain situe le Sénégal au 160ème rang sur 175 pays classés. Cette position en fait, selon la terminologie du Rapport Mondial, un pays de " faible développement humain ". L’indicateur sexo-spécifique de développement humain (ISDH) lui confère un meilleur classement, qui n'est cependant pas suffisant pour le sortir du groupe des pays de "faible développement humain".

L’évaluation globale de cette situation montre non seulement qu’elle n’est pas satisfaisante, mais aussi qu’elle dénote une nette régression des indicateurs sociaux au fil des années qui serait liée à la difficulté, pour le pays, de traduire ses performances en matière de croissance économique au plan du développement humain durable. Depuis 1990, en effet, le Sénégal enregistre continuellement un écart entre son classement en termes de PIB et son rang par rapport à l’IDH, écart qui est naturellement défavorable à ce dernier indicateur.

Par ailleurs, le classement national cache des distorsions régionales réelles. Alors que deux régions - Dakar (0,438), Ziguinchor (0,385) - ont un IDH situé au-dessus de la moyenne nationale (0,32), les huit autres régions montrent des performances nettement en deçà du niveau national. L’indicateur de pauvreté humaine et l’Indicateur de pénurie des capacités traduisent également d’importantes disparités régionales.

A l’instar de beaucoup de pays en développement, le Sénégal s’est engagé durant plus d’une décennie dans un cycle d’ajustement et de restructuration de son économie, avec le concours des institutions financières internationales. Or, pendant longtemps, les politiques mises en œuvre dans ce cadre ont tendu à contenir et à stabiliser les dépenses sociales, qui auprès de ses partenaires extérieurs, des ressources financières d’envergure pour renforcer les moyens des secteurs sociaux. L’investissement dans les ressources humaines n’a pas encore atteint un niveau suffisant en raison de l’ampleur de la demande sociale.
Les bilans sectoriels se profilent comme suit :

Santé

Malgré les efforts fournis par l’Etat en matière de modernisation du cadre de gestion de la santé, de la plus grande proximité par rapport aux populations et d’une participation plus active des bénéficiaires aux programmes de santé, les problèmes demeurent pesants. Les infrastructures sont très insuffisantes et dans un état vétuste. La carte de leur implantation traduit des disparités régionales qui profitent surtout à Dakar. Les formations sanitaires connaissent des pénuries aiguës de personnels.

Education

La situation du secteur se caractérise par une progression mitigée. Le Sénégal fait partie des sept pays d’Afrique au sud du Sahara à avoir enregistré une diminution de leur taux d’alphabétisation durant la décennie en cours. Le taux de scolarisation du niveau primaire a, par contre, ces dernières années, connu une progression continue qui le situe aujourd’hui à 61,7%. Toutefois, les efforts de grande envergure dans ce domaine, notamment avec la mise en œuvre du second projet de développement des ressources humaines, doivent être relativisés du fait d’un accroissement annuel d’au moins 4% de la population scolarisable. L’enseignement post-primaire, qui se caractérise par un accès limité, est en cours de restructuration, en vue d’améliorer son efficacité.

Ressources naturelles

Les ressources naturelles sont l’objet de vives préoccupations. D’abord, le pays n’en est pas particulièrement pourvu. Ensuite, l’action conjuguée des phénomènes naturels et des populations concourt à fragiliser l’existant d’année en année. L’accentuation des déficits en la matière, impose une réglementation de plus en plus contraignante, dont le respect par les populations n’est pas encore définitivement acquis.

SECURITE HUMAINE AU SENEGAL

Le concept de sécurité humaine est d’une grande importance parce qu’il reflète la somme des manquements par lesquels on reconnaît l’absence ou la faiblesse du développement humain. Il est donc multidimensionnel, comme l’est le développement humain durable. Le rapport porte sur les aspects les plus importants de ce concept et les analyses sur le plan de la sécurité vue sous l’angle politique, économique, physique, communautaire, environnemental, sanitaire, alimentaire et nutritionnel.

Sécurité politique

L’appareil normatif sénégalais est riche et varié. Le pays possède d’ailleurs l’une des traditions politiques modernes les plus anciennes sur le continent. Ce contexte institutionnel favorable, a priori, fait corps avec une relative stabilité politique et sociale. Les différents registres de liberté garantis par les documents de droit adoptés par la communauté des nations, sont stipulés par la loi fondamentale ou par les autres lois de la République.

Si les instruments de protection des libertés existent, la pratique en la matière fait pourtant, régulièrement, l’objet de vifs débats.

N’est-ce pas d’ailleurs pour cette raison  que la pacification de l’environnement démocratique se poursuit aujourd’hui encore, comme en fait foi la mise sur pied d’un observatoire des élections, à la veille des élections législatives de mai 1998.

 

La presse privée a connu un boom ces dernières années, et contribue à la consolidation des libertés démocratiques. Cependant, elle reste soumise à de fortes pesanteurs.

Sécurité économique

L’insécurité économique est une constante de base de l’environnement sénégalais. Elle est perceptible à travers le niveau de chômage que connaît le pays et les diverses manifestations de la pauvreté surtout en milieu rural. Sur l’ensemble des tranches d’âge, le taux de chômage au niveau national serait de 11% ; et deux fois plus élevé en zone urbaine où il est de 25% pour les hommes et 22 % pour les femmes. La population sénégalaise est urbaine à 39% ; et cette catégorie croît au taux moyen de 5 % par an. A Dakar, 41% des jeunes sont en situation de chômage, et on y estime à 3 000 le nombre de nouveaux demandeurs d’emplois qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Le niveau du chômage est déterminé, entre autres, par le type de croissance que connaît le pays, les dysfonctionnements de l’environnement économique et l’inadéquation du système de formation.

Au Sénégal, 30 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté défini comme étant la dépense nécessaire à l’acquisition de 2 400 calories par jour et par habitant. Suivant cet indicateur, 75 % des ménages pauvres sont localisés en milieu rural et 58 % des ménages ruraux sont pauvres.

Sécurité physique

L’insécurité physique commence à être préoccupante. Elle a d’abord pour cadre la circulation. Le pays se caractérise, en effet, par un réseau routier peu développé et un parc automobile vétuste, que continuent d’alimenter substantiellement les filières d’importation de véhicules d’occasion en provenance de l’Europe. En 1995, 799 personnes ont été tuées sur les routes et 8 027 blessées, dont 3 075 grièvement. S’agissant de la criminalité, ont été enregistrés près de 180 cas d’homicide et de vols à main armée, plus de 6 980 vols simples, 1799 délits de faux et contrefaçon et 831 cas de trafic de stupéfiants entre 1994 et 1995. En ce qui concerne la violence armée, les cas extrêmes restent encore limités, si l’on fait exception de la région de Ziguinchor en proie à une rébellion indépendantiste.

Sécurité dans la communauté

Si le pays a la réputation de posséder de fortes traditions sociales, il semble que les contraintes liées à l’appauvrissement soient en train de les éroder. La famille est la première institution sociale à en être affectée. Sa forme élargie qui lui a longtemps permis de réunir plusieurs générations sous un même toit, et d’éviter les phénomènes de marginalisation, ne constitue plus aujourd’hui un atout certain.

Diverses formes d’insécurité connaissent de ce fait une acuité plus sévère, vu que la famille constitue de moins en moins un refuge et un cadre d’expression de la solidarité. D'une manière générale, la prédominance de l’argent perturbe les équilibres traditionnels.

Si les cas de suicide étaient plus nombreux chez les expatriés européens dans les années 1960-70, actuellement on observe une augmentation des suicides chez les Sénégalais qui représentent plus de 2/3 des cas. Une étude réalisée sur un échantillon de 453 suicidants montre que de 1992 à 1996, neuf sénégalais se sont suicidés chaque mois. Les jeunes représentent 81,8% de l’échantillon, les jeunes filles sont les plus touchées.

Sécurité environnementale

L’insécurité environnementale est grandissante. Les aléas de la nature sont en cause, mais aussi et surtout les entreprises anthropiques. La pression démographique exerce des effets néfastes sur l’environnement. De surcroît, du fait d’un manque de sensibilisation et de l’analphabétisme, les populations ont du mal à appréhender pleinement la notion de gestion durable.

Dans les agglomérations urbaines, à Dakar en particulier, les pollutions et nuisances se développent en rapport avec l’installation et l’expansion des industries. Le stockage et le transport des produits dangereux devraient, à cet égard, faire l’objet d’une réglementation plus contraignante.

Sécurité sanitaire

La situation sanitaire est tributaire de conditions de vie très peu favorables. L’insalubrité du milieu favorise la propagation des vecteurs de maladie. A cela s’ajoutent les insuffisances de la couverture sanitaire.

La situation épidémiologique fait ressortir des défis réels. L’endémie du paludisme motive 24,5% des consultations et constitue l’une des causes principales de mortalité de la tranche d’âge de 0 à 4 ans. Il y a ensuite les maladies diarrhéiques, la rougeole et les infections bucco-dentaires.

Sécurité alimentaire et nutritionnelle

La situation alimentaire se dégrade d’année en année. Le taux d’autosuffisance alimentaire se situe aujourd’hui à 51%, et comporte d’importantes disparités régionales. Dans 63% des départements, la production locale se révèle non satisfaisante sur les cinq dernières années. Il résulte de cette situation une certaine insécurité nutritionnelle. On estime que seulement 30% des besoins nutritionnels des Sénégalais sont couverts. L’apport calorifique journalier est en train de régresser. Le taux de malnutrition chronique se situe à 23%, variant toutefois entre 17% en milieu urbain et 26% en milieu rural.

STRATEGIE NATIONALE DE DEVELOPPEMENT HUMAIN

Les politiques publiques doivent être réorientées. Il s’agit de changer une spécialisation - l’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée -, pour aller vers un mode de production qui valorise davantage le potentiel humain. Des changements conséquents doivent être apportés à l’environnement institutionnel, afin de lever les distorsions qui rendent inaccessibles à nombre d’acteurs, certains facteurs dont le capital. Les petites et moyennes entreprises en particulier, doivent faire l’objet d’une plus grande attention.

Les nouvelles politiques doivent s’accompagner d’un redéploiement des dépenses publiques en faveur des secteurs à forte résonance sociale, qui déterminent directement le développement humain. Il est vrai que le IXe Plan de développement économique et social, en cours, s’inscrit dans cette dynamique, puisque sur les dix axes stratégiques qui en constituent l’ossature, pas moins de sept sont consacrés à des déterminants directs du développement humain. Par ailleurs, le redéploiement des investissements doit être mené dans une optique de résorption des disparités entre régions.

En terme de stratégie proprement dite, deux grandes directions se dégagent : d’une part, le la décentralisation. Enfin, la constitution d’un ensemble d’indicateurs consensuels par rapport au contexte sénégalais, permettrait de disposer d’instruments de suivi des actions.

Sénégal : indicateurs de developpement humain
Distribution géographique de quelques indicateurs de développement humain

 

Source : RGPH 1988 - EOI 1996 / UNICEF + Méthode de calcul PNUD - ESP 1991

Source : Tableau type de mortalité N.U. EOI 1996 / UNICEF

Source : EOI 1996 UNICEF, ESP 1991

   
       
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